Libération de Carpiquet et Caen
Les Alliés profitèrent de la désorganisation du haut commandement allemand. Hitler continuait de croire que les débarquements en Normandie n'étaient qu'un guet-apens et que la principale invasion alliée viendrait à Pas-de-Calais. Par conséquent, Rommel ne put déplacer les précieuses forces de réserve qui y étaient postées pour renforcer les défenses qui s'effritaient rapidement en Normandie.
Envers et contre tout, les Nazis s'avérèrent plein d'ingéniosité, entêtés et meurtriers. Les Alliés avaient établi une tête de pont sur la côte française, mais n'avaient pas encore effectué de percée décisive. Le plan dressé par le commandant de toutes les forces terrestres sur le continent, le général britannique Bernard Montgomery, prévoyait que les Canadiens et les Britanniques talonneraient les principales unités allemandes de blindés et de l'infanterie dans l'est, en menaçant, et en prenant, la ville de Caen. Cette pression constante visait à permettre aux Américains d'effectuer une percée dans l'ouest. Cela signifiait aussi que les Canadiens continueraient d'être confrontés à la crème des troupes ennemies.
Dès qu'elle revint au front au début de juillet, le rôle de la 3e Division canadienne dans ce plan était de capturer l'aéroport de Carpiquet, une petite ville près de Caen défendue par le terrible 12e SS; les Canadiens savaient donc trop bien à quoi s'attendre. L'état-major du général Keller décida donc de réunir toute la force de frappe possible pour mener l'attaque : quatre bataillons d'infanterie appuyés par un régiment blindé et toutes les pièces d'artillerie dont ils pouvaient disposer.
En ce 4 juillet, ce ne fut pas suffisant. Les Canadiens avaient à peine commencé à avancer à travers les blés qui leur montaient jusqu'à la taille, que les Allemands commencèrent à lancer obus sur obus. Bientôt, comme se rappelle un aumônier, « partout vous pouviez voir les visages pâles des morts qui regardaient le ciel ». Les survivants du North Shore Regiment et du Régiment de la Chaudière occupèrent le village de Carpiquet après des corps à corps sans merci. « Carpiquet est un enfer », peut-on lire dans le journal de guerre du Régiment de la Chaudière.
Les Royal Winnipeg Rifles furent aussi décimés. Attaquant les hangars de l'aéroport à travers la piste découverte, leurs lignes furent criblées par le feu impitoyable provenant des casemates et des bunkers ennemis. Les Winnipeg Rifles avancèrent deux fois pour recevoir l'ordre de se replier à la fin de la journée. Au cours de la nuit, les Allemands pilonnèrent les positions canadiennes du feu des mortiers et de l'artillerie, et montèrent plusieurs violentes contre-attaques. Ils encerclèrent certains des membres du Régiment de la Chaudière et les firent prisonniers. Néanmoins, les autres Canadiens tinrent bon sur un terrain durement gagné.
Mais le prix d'une victoire partielle avait encore une fois été terrible. Les Winnipeg Rifles comptaient 40 morts parmi des pertes totales de 132; les North Shores, 46 morts et 86 blessés. Carpiquet est encore connue comme « le cimetière » des North Shores parce que c'est là qu'ils subirent les plus grandes pertes de toute la campagne. « Je suis certain, qu'à un moment ou l'autre au cours de l'attaque, que chaque homme a cru qu'il ne pouvait aller plus loin », se rappelle un des soldats des North Shores. « Partout on voyait des morts et des blessés et l'avance semblait inutile et la situation désespérée. Je n'ai jamais réalisé ... comment la discipline, la fierté de son unité, et par-dessus tout, la fierté personnelle et de sa famille, peut permettre à un homme d'avancer, même si chaque pas signifie une mort possible ». Ce fut une autre dure leçon pour les soldats canadiens qui s'habituèrent rapidement à ces horreurs.
Et le plus gros morceau, Caen, resta fermement aux mains des Nazis. Il fallait capturer la ville si la stratégie de Montgomery devait réussir.
Référence : Ministère de la guerre canadien